Trump décidé à s’emparer du Groenland à Davos
Le président américain au World Economic Forum ce mercredi.
Anne Applebaum a publié lundi matin sur le site de The Atlantic, un magazine fondé en 1857 par quelques-uns des plus grands esprits américains du XIXe siècle, le texte du message que le personnel du Conseil national de sécurité américain a envoyé aux ambassadeurs européens à Washington, lequel reprend le contenu de la lettre que le président Donald J. Trump a envoyée au premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre. La lettre dit :
« Cher Jonas, étant donné que votre Pays a décidé de ne pas m’attribuer le Prix Nobel de la Paix après avoir mis fin à huit Guerres et PLUS, je ne me sens plus obligé de penser uniquement à la Paix, même si celle-ci restera toujours une priorité, mais je peux désormais réfléchir à ce qui est bon et approprié pour les États-Unis d’Amérique. Le Danemark ne peut pas protéger ce territoire contre la Russie ou la Chine, et pourquoi aurait-il d’ailleurs un « droit de propriété » ? Il n’existe aucun document écrit, c’est simplement qu’un bateau y a accosté il y a des centaines d’années, mais nous avions aussi des bateaux qui y accostaient. J’ai fait plus pour l’OTAN que quiconque depuis sa création, et maintenant, l’OTAN devrait faire quelque chose pour les États-Unis. Le monde ne sera pas en sécurité tant que nous n’aurons pas le Contrôle Complet et Total du Groenland. Merci ! Président DJT »
Nombreux sont ceux qui, même dans les médias de premier rang, ont cru à un faux ou à une parodie. Il n’en était rien. La lettre a bien été authentifiée.
D’emblée, la journaliste et historienne américaine en souligne la grammaire enfantine, notamment l’usage inusité des majuscules (dans « Complete and Total Control of Greenland », par exemple), et la connaissance approximative dont il témoigne de l’histoire. Donald Trump, dit-elle, n’a pas mis fin à huit guerres. En outre, le Groenland est un territoire danois depuis des siècles et ses habitants sont des citoyens danois qui votent aux élections danoises. Il existe, selon elle, de nombreux documents écrits établissant la souveraineté danoise sur le Groenland, dont certains sont signés par les États-Unis. Enfin, au cours de son second mandat, Trump n’a rien fait, dit-elle, pour l’OTAN, une organisation théoriquement dirigée par les États-Unis, qui n’a jamais servi qu’à défendre leurs intérêts.
Mais, poursuit-elle, qu’importe le phrasé, le message reste : Trump vit désormais dans une réalité différente, dans laquelle pas grand chose ne compte à ses yeux, ni ne l’affecte. De plus, il est obsédé de manière étrange et maniaque par le prix Nobel. C’est le Comité Nobel norvégien, et non le gouvernement norvégien, encore moins le gouvernement danois, qui désigne le lauréat de ce prix. Or, Trump reproche à la Norvège de ne pas le lui avoir décerné et entend s’en servir comme justification pour envahir le Groenland... Applebaum appelle les membres républicains du Congrès américain à en empêcher leur président.
Kenneth Rogoff, un éminent économiste (B.A. et M.A. de la Yale University summa cum laude en 1975 et PhD en économie du Massachusetts Institute of Technology en 1980) qui assiste depuis 25 ans au World Economic Forum de Davos, a posté ce mardi 20 janvier 2026 dans The Free Press, un des plus grands organes de presse en ligne sur Substack, un billet intitulé « Trump Heads to Davos to Take Greenland », dans lequel il prédit que, menacée d’une guerre commerciale catastrophique, l’Europe ne pourra que céder, malgré que certains dirigeants européens y voient un danger de désintégration complète de l’ordre international.
Comme souvent avec Trump, avance toutefois Rogoff, l’affaire du Groenland n’est pas tout à fait insensée : si l’Europe n’est pas capable de se défendre, peut-on compter sur elle pour aider à défendre les intérêts américains dans l’Arctique, surtout si la fonte des glaces ouvre de nouvelles voies pour la Chine et la Russie ? Mais, avertit-il, même si le diagnostic est correct, n’y a-t-il pas lieu de se demander si le remède n’est pas pire que le mal, en ce qu’il consisterait à rompre la solide alliance entre les États-Unis et l’Europe, ce qui n’est à l’avantage de personne, sauf de la Chine, la Russie et l’Iran. A suivre!
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