Vaincre l’AfD nécessite une nouvelle stratégie, estime Chris Cermak, dans un billet de la newsletter diffusée quotidiennement par le magazine Monocle dont on ne pourrait sérieusement prétendre que les opinions se situent à la droite du spectre politique - pour autant que ces notions de gauche et de droite soient encore d’actualité. (Le philosophe français Michel Onfray s’était exprimé à ce sujet, en réponse à une question du public, lors de la soirée des 80 ans de l’hebdo satirique PAN à Bruxelles.)
Une chose paraît évidente à Cermak, la politique du « Brandmauer » - littéralement le « pare-feu (contre l’extrême droite) », le cordon sanitaire allemand, le refus des autres partis de travailler avec l’Alternative für Deutschland (AfD), quelles que soient les circonstances - a échoué. En effet, pour qui l’ignoreraient encore, le parti a obtenu près de 44 % des voix lors des élections régionales du week-end dernier en Saxe-Anhalt et il lui revient de tenter de former le gouvernement régional de ce Land (d’un peu plus de deux millions d’habitants dans un pays qui en compte 83,5 millions dans ses seize Länder).
Pour l’empêcher de prendre le pouvoir en Saxe-Anhalt, tous les autres partis du Land, de l’Union démocrate-chrétienne (CDU) de centre-droit jusqu’à l’extrême gauche - devraient se coaliser. Le journaliste du Monocle soutient néanmoins que la meilleure solution serait que le chancelier Friedrich Merz et sa CDU franchissent le Rubicon et forment une coalition avec l’AfD tant qu’ils le peuvent encore.
De nombreux historiens et personnalités de gauche rappellent qu’Adolf Hitler était arrivé au pouvoir d’une manière semblable. Mais, malgré l’histoire du pays, où des démocrates libéraux ont laissé de futurs autocrates entrer au gouvernement, Cermak s’interroge : le « centre » peut-il raisonnablement continuer à tenir l’AfD à l’écart d’un futur gouvernement à ce stade ? Attendre qu’il obtienne une majorité absolue est, avise-t-il, bien plus dangereux.
Gouverner aux côtés de l’AfD romprait avec la stratégie suivie depuis longtemps. Le journaliste du Monocle soutient que le jeu en vaut la chandelle. A ce jour, toutefois, seul le BSW (l’ancien Bündnis Sahra Wagenknecht, rebaptisé fin 2025 Bündnis Soziale Gerechtigkeit und Wirtschaftliche Vernunft - Alliance pour la justice sociale et la raison économique) semble intéressé à parler avec l’AfD.
Le BSW, une dissidence de Die Linke, prône une forte intervention de l’Etat, la taxation accrue des hauts revenus et la redistribution des richesses sur le plan économique ainsi qu’un contrôle strict des frontières, la limitation de l’immigration et un rejet du progressisme culturel sur le plan sociétal. En d’autres termes, il fournit un exemple frappant de l’effacement des notions de droite et de gauche et de ce que, quel que soit l’adjectif, radicales ou extrêmes, elles se rejoignent sur la ligne d’horizon. Il est à noter que le BSW et l’AfD se retrouvent d’ailleurs aussi dans leur opposition à l’OTAN.
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