Pourquoi l’Union européenne est en panne
Croissance économique et confiance politique sont liées.
Le Quarterly Journal of Economics édité par les Presses universitaires d’Oxford a publié ce mois-ci l’étude de trois chercheurs intitulée « Growth Experiences and Trust in Government » qui rassemble les données récoltées auprès de 3,3 millions de répondants à de grands sondages d’opinion dans 166 pays depuis 1990 et explore le lien entre croissance économique et confiance dans le gouvernement en s’appuyant sur les variations de la croissance du PIB observées tout au long de la vie depuis la naissance.
L’intuition de l’étude est fondamentale en économie politique : une prospérité durable entretient la confiance dans le gouvernement. Cela paraît trivial, mais ne l’est pas. La confiance dans l’Etat est souvent expliquée par le respect de la démocratie, la qualité des institutions, l’efficacité de l’administration, l’absence de corruption, ainsi que des paramètres culturels et sociaux. Les auteurs suggèrent autre chose : la confiance dans le gouvernement réside dans l’expérience économique que l’on a eu.
C’est bien comme Bill Clinton (en fait, James Carville, le stratège de sa campagne présidentielle de 1992) l’a dit : It’s the economy, stupid ! La confiance ne réside pas dans une préférence idéologique mais dans le vécu et la mémoire que l’on a de l’état de l’économie. Les chercheurs partent d’une précédente étude comportementale qui montrait que les expériences économiques laissent une « empreinte cognitive » sur les individus et analysent ce mécanisme par rapport à la confiance politique.
Leur approche méthodologique est intéressante. Ils ne se contentent pas de considérer les choses au temps présent (revenu, croissance, chômage...). Ils tracent une trajectoire historique de la confiance politique en fonction de l’année de naissance et du vécu des individus. Quelqu’un né en 1948, par exemple, a vécu les Trente Glorieuses, l’expansion industrielle, la montée de la classe moyenne ; une personne née en 1992 a vécu la crise de 2008, la désindustrialisation, la mise en coupe de la classe moyenne. L’expérience forge différentes appréciations de l’Etat.
Les chercheurs relèvent toutefois un point subtil : les expériences récentes comptent davantage que les anciennes. Les souvenirs s’effacent, les événements récents ont plus de poids. Cela paraît intuitif et psychologiquement crédible et cela implique un point crucial : la légitimité politique n’est jamais acquise. Elle est dynamique, continuellement alimentée par la performance des gouvernants. Cela fait comprendre l’érosion de la confiance politique dans les démocraties occidentales, la montée des populismes (il n’y en a pas que d’extrême droite), la volatilité électorale en Occident.
L’approche transgénérationnelle adoptée dans l’étude permet de réfuter une corrélation naïve entre la qualité des institutions et la confiance politique. Du reste, elle met en lumière un paradoxe : les pays dans lesquels on a le plus confiance dans le gouvernement (Chine et Vietnam sont notamment cités) ne sont pas nécessairement ceux dont les institutions sont les plus démocratiques, tandis que des démocraties sont confrontées à une faible confiance politique, voire à la défiance ou au cynisme.
Cette constatation va à contre-courant de la théorie dominante qui associe institutions, démocratie et légitimité d’une part, prospérité d’autre part. La croissance économique renforce la confiance, les institutions démocratiques seules n’y suffisent pas. Resterait à prouver, et peut-être est-ce là le coeur du problème, jusqu’à quel point les institutions occidentales sont encore démocratiques, par exemple dans l’UE où le pouvoir politique semble avoir été confisqué par une bureaucratie non élue et idéologiquement noyautée.
L’étude confirme une intuition mise en application en Chine : la légitimité politique dépend de la capacité du régime à produire de la prospérité. La croissance est une source de capital politique, de consolidation institutionnelle et de ciment social, suivant le schéma : croissance -> confiance -> conformité -> efficacité. L’article ne dément pas que le libéralisme économique et politique puisse y arriver ; par contre, il devrait donner à réfléchir à ceux qui préconisent la décroissance et une vision écolo-socialo-collectiviste de la société, un régime qui s’avérera assurément plus autoritaire mais moins prospère qu’en Chine.
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Je tiens à ajouter que je lis vos articles avec plaisir car ils sont de grande qualité, les thèmes sont très intéressants et j’y apprends toujours. Merci à vous.
A écouter mes amis, voisins, fournisseurs, une grande majorité comprend que nous n’avons de démocratie que le nom. Le peuple n’a aucun pouvoir, sauf de façade. De plus, nous ne sommes plus dans un système capitaliste libéral. Nous sommes face à des pouvoirs publics omniprésents dans les détails de nos vies, moins soucieux de nos libertés et prospérité que de leurs idéologies et de leur prospérité.
Donc votre article est plein de bon sens mais propage la manipulation sémantique de “démocratie” et de “libéral”. Or, c’est là qu’est la source du problème : nos gouvernants trahissent le contrat qui les a amenés au pouvoir.