Nuits de Chine, Nuits câlines, Nuits d’amour
Trump nous fera-t-il tous tomber amoureux de la Chine ?
Trump nous fera-t-il tous tomber amoureux de la Chine ? Ivan Krastev - un politologue bulgare, président du Centre for Liberal Strategies à Sofia et auteur de plusieurs essais sur la démocratie, dont les articles d’opinion paraissent régulièrement dans la presse anglo-saxonne – s’était posé la question dans un article publié le 17 janvier par le Financial Times, c’est à dire avant le dernier World Economic Forum où M. Carney, dans son discours tant applaudi, a fait part de ses effusions pour la Chine.
Krastev entame son article en rappelant la réplique d’un personnage du romancier américain John Updike, Harry « Rabbit » Angstrom : « Sans la guerre froide, à quoi bon être Américain ? ». Ancien champion de basket-ball au lycée, sujet à une libido effrénée et en quête spirituelle, « Rabbit » personnifie l’Américain moyen dont Updike se sert pour étudier les évolutions culturelles et politiques de la société américaine. « Rabbit » est un citoyen loyal jusqu’au bout des ongles. Douter de Dieu, peut-être, mais pas de l’Amérique. Il aurait voté pour Donald Trump lors de la dernière élection.
En effet, analyse Krastev, les Américains et les non-Américains de même sont à bout d’exaspération après des décennies de deux poids, deux mesures et d’hypocrisie en plein émanant de Washington. C’est pourquoi Joe Biden s’est complètement fourvoyé en tentant de raviver la lutte entre démocraties et dictatures, réminiscence de la Guerre froide, après l’invasion de l’Ukraine par la Russie de Poutine. Au contraire, il a poussé l’Inde (démocratique) à accroître considérablement ses achats de pétrole russe, tandis que l’Afrique du Sud (démocratique) a failli se ranger du côté de Moscou dans ce que Poutine s’est empressé de qualifier de lutte « anti-impérialiste ».
Le retour de Trump au pouvoir a mis fin à la duplicité et au moralisme et a instillé une fameuse dose de brutalité et de franchise dans la politique étrangère américaine. Finies les belles paroles, finis les propos mesurés. La diplomatie de façade au placard, « dire les choses telles qu’elles sont » est d’actualité. Avant, lorsque les Etats-Unis attaquaient un pays pour son pétrole, on prétendait que c’était pour la démocratie ou pour la sécurité ; désormais on n’hésite plus à dire que c’est pour le pétrole, constate Krastev, plus besoin de prétexte.
Un sondage mondial commandé par le European Council on Foreign Relations (ECFR, un think-tank pan-européen dont la création remonte à 2007) et réalisé avant l’opération américaine au Vénézuéla et les manifestations de masse en Iran, a révélé, rapporte Krastev, que de plus en plus de personnes pensent que l’influence de la Chine va s’accroître et que c’est une bonne nouvelle pour tout le monde. Qui sème le vent récolte la tempête : plus Trump sème le désordre sur la scène internationale, plus le reste du monde se tourne vers la Chine.
Comment s’étonnerait-on ? Ces nouveaux fans de la Chine possèdent une voiture électrique chinoise, ont installé des panneaux solaires chinois, utilisent DeepSeek et regardent leurs enfants jouer avec des jouets fabriqués en Chine. En outre, mis à part ses manœuvres militaires autour de Taïwan et en mer de Chine méridionale, la Chine passe pour être pacifiste.
Si, comme Machiavel l’a prétendu, « pour un dirigeant, il vaut mieux être craint qu’aimé, à défaut d’être les deux », raisonne Krastev, l’Amérique de Trump devrait recevoir davantage de sympathie. Pourquoi n’en est-il pas ainsi ? La raison, selon lui, en est peut-être que, face aux puissants, on prête plus d’attention à leurs faiblesses. Ce qui a marqué les esprits, ce ne sont pas les agressions tarifaires de l’Amérique de Trump, c’est la riposte victorieuse de la Chine de Xi.
Le pouvoir engendre l’obéissance et le conformisme, mais non la loyauté, souligne Krastev. Le déclin de la puissance ne suscite aucune sympathie. Il est difficile, conclut-il, de blâmer ceux qui se méfient de l’Amérique et ne craignent plus la Chine.
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