L’Europe humiliée : Qu'attend-elle pour se réaffirmer ?
Sommet européen ce jeudi 12 février 2026 au château d'Alden Biesen (Limbourg).
L’Europe est-elle condamnée, comme certains commentateurs le pensent, à cent ans de solitude et d’humiliation ? Le responsable du service « étranger » du magazine britannico-helvetico-nippon « global affairs & lifestyle » Monocle, Alexis Self, ne partage pas cet avis mais se demande ce que, après douze mois de turbulences et de confusion, elle attend pour se rebiffer. Elle a plusieurs atouts à sa disposition.
La priorité est de requinquer sa défense. A cet égard, Self relève que les Etats membres de l’UE ont dépensé l’an dernier 381 milliards d’euros, une augmentation de 63 % depuis 2020. Si l’on y ajoute le Royaume-Uni, le montant total s’élève même à 450 milliards d’euros. C’est plus que la Russie en guerre (environ 250 milliards), dit-il, et que la Chine (environ 400 milliards).
Pourtant, l’humeur qui prévalait parmi les dirigeants européens lors de la réunion de crise ayant fait suite aux menaces de Trump d’annexer le Groenland se situait entre rejet, humiliation et résignation. Cela est dû, explique Self, au fait qu’ils se rendaient compte que leurs investissements ne se traduiront en puissance militaire effective qu’au fil du temps et qu’ils ne sont pas habitués à exercer leur puissance géopolitique de manière effective.
L’Europe dispose, selon le journaliste de Monocle, d’une capacité d’influence sur les Etats-Unis, la Chine et la Russie bien supérieure à ce que les dirigeants européens eux-mêmes ne semblent le réaliser, et elle augmentera en fonction de l’accroissement de sa puissance militaire. En y incluant le Royaume-Uni, l’Europe importe chaque année pour près de 500 milliards d’euros de marchandises en provenance des Etats-Unis. Les échanges commerciaux sont à peu près équivalents, dit-il, la situation n’est pas telle que Trump veut nous le faire croire.
Faire front ensemble
Si Bruxelles et Londres s’entendaient pour faire front ensemble et faire comprendre au locataire de la Maison-Blanche qu’elles pourraient aller faire leurs emplettes ailleurs, les entreprises américaines elles-mêmes s’en inquiéteraient et feraient pression sur l’administration américaine. Rien n’empêche la « Vieille Europe » d’utiliser ce levier économique en attendant d’exercer une influence militaire dans ce monde instable. Pourtant, on a pu le constater à la mine dépitée de Mme von der Leyen sur les photos de circonstance lors de sa rencontre avec Trump au Golf de Turnberry le 27 juillet 2025, le moins que l’on puisse dire est que « l’Europe » se montre hésitante.
Elle devrait aussi, poursuit Self, mieux tirer parti de ce qu’elle apparaît comme un refuge de fiabilité par rapport aux Etats-Unis et nouer des liens plus étroits avec les pays qui sont en faveur d’un ordre fondé sur des règles. Les puissances émergentes recherchent des partenariats stables, le récent accord commercial avec l’Inde en constitue une preuve. La Chine l’a bien compris et s’efforce elle aussi de se présenter comme un partenaire respectueux des règles commerciales, mais l’opacité de sa structure politique et économique suscite des réserves quant à lui faire entièrement confiance.
Self range parmi les candidats évidents à un renforcement des liens commerciaux de l’Europe, le Canada, la Corée du Sud, le Brésil, le Japon et l’Australie. Ajoutez-y l’Inde et cette liste rassemble plusieurs des plus grandes économies mondiales et une partie importante de la population de la planète.
Un prêté pour un rendu
L’Europe est déjà le leader mondial sur un plan non négligeable, son attractivité comme destination touristique et lieu de vie, en raison de ses infrastructures, d’une politique stable et d’une meilleure qualité de vie. D’ailleurs, l’an dernier, plus de 40 millions d’Américains ont visité l’Europe (plus de 10 % de la population américaine), tandis que les visiteurs internationaux annuels comptaient pour plus de la moitié du tourisme mondial. Si les autorités européennes appliquaient la règle d’un prêté pour un rendu en matière de restrictions, de retards, de visas aux visiteurs des Etats-Unis et de la Chine, elles auraient à coup sûr plus d’influence sur leurs gouvernements.
Enfin, huit pays européens figurent parmi les dix premiers classés à l’indice de la liberté humaine du Cato Institute, un think-tank libertarien dont le siège est à Washington, D.C. Ce sont la Suisse (1), le Danemark (2), l’Irlande (4), le Luxembourg (5), l’Estonie (6), la Finlande (7), la République tchèque (8), les Pays-Bas (9). Les pays non européens du top 10 sont la Nouvelle-Zélande (3) et l’Australie (10). Les Etats-Unis arrivent en 15e position, la Belgique en 23e, la France en 33e.
Self plaide pour une défense vigoureuse du mode de vie européen et une plus grande assertivité sur la scène mondiale. Cela passera par un changement à 180° du cap économique et énergétique actuel de l’Union européenne, mais cela Self omet de la signaler. Un important sommet européen se tiendra pourtant dans cette perspective ce jeudi 12 février 2026 dans le château d’Alden Biesen, une ancienne commanderie de l’ordre teutonique dans la province belge du Limbourg.
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Texte court mais qui résume bien la situation de l’ Europe. Si nous trouvons des accords avec le UK, pourquoi l’ Europe économique ne se redessine pas en fonction de la nécessité d’ une vraie integration économique et financière ( pourquoi la Suisse doit-elle toijours jouer à part, avec maintenant des hésitations en Hongrie et - mais je n’ y crois pas trop - l’ Italie )