Le 11 juin dernier, la Banque centrale européenne a augmenté ses trois principaux taux directeurs de 25 points de base (0,25%). Ce choix a été motivé par le contexte géopolitique, à savoir le choc inflationniste susceptible d’être généré par la guerre au Moyen-Orient et ses répercussions à plus long terme.
La presse allemande a soutenu la décision, en ménageant toutefois la chèvre et le chou. Prenons l’exemple de ce commentaire de Die Frankfurter Allgemeine Zeitung : « La décision était inévitable, car la Banque centrale a pour mission de garantir la stabilité des prix. C’est son mandat. Avec une inflation dépassant les 3 % dans la zone euro, les autorités monétaires n’avaient pratiquement pas d’autre choix. La politique monétaire doit être fiable ; toute autre attitude détruit la confiance, en particulier sur les marchés. Toutefois, la décision de la BCE révèle également un dilemme. Elle tente de combattre un phénomène sur lequel elle n’a que peu d’influence. La hausse actuelle de l’inflation n’est pas uniquement le résultat d’une demande excessive, mais surtout la conséquence de chocs externes. Les perturbations des chaînes d’approvisionnement, la flambée des prix de l’énergie et les incertitudes géopolitiques font désormais partie du quotidien économique. Les hausses de taux ne suppriment aucun de ces problèmes. »
Bref, ce n’est pas bon mais la BCE était obligée de le faire. Le pragmatisme eût induit que l’on prenne en compte que ce choc inflationniste est externe et qu’il n’y a pas grand-chose à y faire, si ce n’est de laisser l’économie (production, consommation, investissement) suivre son cours et les marchés s’ajuster.
En outre, cela donne l’impression d’une discussion sur le sexe des anges. Une banque centrale ne fixe jamais que les taux courts et elle n’a guère d’influence sur les taux longs qui sont quant à eux déterminés par le marché. Mais, peut-être les gouverneurs de la BCE sont-ils empreints de la nostalgie du Deutsche Mark fort et/ou ont-ils voulu soutenir le cours de l’euro face à un dollar ragaillardi (devise dans laquelle le pétrole et le gaz s’achètent en principe) ?
La « pire inflation depuis des décennies »
Le Wiesbadener Kurier a aussi publié un commentaire mi-figue mi-raisin : « Les hausses de taux directeurs tombent toujours mal. Cela est particulièrement vrai pour la décision récente [de la BCE]. L’économie de la zone euro ne progresse, si tant est qu’elle progresse, qu’à un rythme d’escargot. Des taux plus élevés freinent les investissements et la consommation ; ils constituent donc un véritable poison dans la situation actuelle. En outre, le financement de la dette publique devient plus coûteux. Les gardiens de la monnaie n’avaient toutefois pas le choix : ils devaient réagir rapidement à la récente poussée inflationniste. C’est également une leçon tirée de l’année 2022. Après le début de la guerre d’agression russe contre l’Ukraine, la BCE a laissé passer de précieux mois avant de réagir à la hausse des prix. Le résultat fut la pire inflation observée depuis des décennies. »
Mais, cette « pire inflation depuis des décennies » était-elle la conséquence d’un choc externe (l’invasion de l’Ukraine en 2022) ou interne (la politique de rachats massifs de dettes publiques par lesquels la BCE, outrepassant son mandat selon certains - dont la Cour constitutionnelle allemande -, avait injecté pendant des années (avec un renforcement en 2020-2022) des milliers de milliards d’euros dans l’économie européenne ? Poser la question n’est-ce pas y répondre ?
Une étude de la Banque de France (cf. « What do 70 years of data on world cycles tell us? The decoupling of prices and quantities ») publiée en mars 2026 semble rétrospectivement confirmer un découplage des prix (inflation, actions, obligations) et des quantités (PIB ainsi que crédit au secteur privé non financier) au niveau mondial. Autrement dit, les marchés financiers évoluent de manière de plus en plus synchrone au niveau mondial, au contraire des économies réelles. Le découplage s’explique par une mondialisation des marchés financiers et une spécialisation des économies.
Quoi qu’il en soit, l’inflation semble de plus en plus influencée par des facteurs mondiaux tandis que l’activité économique réelle reste largement « locale ». Cela place les banques centrales devant la difficulté de simultanément maintenir la stabilité des prix et soutenir l’activité économique. A vrai dire, cette dernière ne peut toutefois être stimulée que par une politique de l’offre, c.-à-d. une baisse des impôts et taxes, une incitation à la prise de risque et de responsabilité, le crédit, la liberté de marché et d’entreprise. Malheureusement, cet aspect échappe aux instances européennes.
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MERCI pour cet article intéressant! Mais pour ce qui est des remèdes: on voit de plus en plus d'interventions de l'Etat mais elles semblent de moins en moins utiles....