La « démocratie Potemkine » peut-elle encore être réformée ?
La liberté face à l'épuisement moral et au déclin civilisationnel.
David Engels est un historien belge germanophone, né en 1979, titulaire d’un doctorat en histoire ancienne de la RWTH Aachen (Allemagne). Il a été professeur d’histoire romaine à l’Université libre de Bruxelles. Intellectuel référent sur l’identité européenne et la philosophie de l’histoire, à travers son concept de « l’hespérialisme » (qui prône un retour aux valeurs culturelles et historiques de l’Europe contre le déclin de notre civilisation), il est notamment l’auteur de Le Déclin, La crise de l’Union européenne et la chute de la République romaine - Analogies historiques (2013) et Défendre l’Europe civilisationnelle (2024) et publie régulièrement en anglais sur Substack à propos de ces thèmes.
Dans un article intitulé Freedom in a Time of Civilizational Decline, il revient sur une idée centrale de sa pensée, à savoir que nos libertés sont menacées, notamment par les restrictions croissantes de la liberté d’expression, la mainmise de la gauche sur les médias de masse, l’idéologisation de l’enseignement, la surveillance électronique, la représentativité sans cesse décroissante de l’élite au pouvoir dans les démocraties et, craint-il, la probabilité croissante de l’introduction d’un système de crédit social à la chinoise.
Et, pourtant, étonnamment, seule une frange de la population semble se préoccuper de la situation. Dès lors, se demande-t-il, comment sauver une majorité de la population, qui ne semble pas encline du tout à être sauvée, ou y est hostile, car elle vit dans l’apathie de la culture du divertissement, du manque de liberté qui se profile ? Et, par ailleurs, est-il possible de préserver une quelconque liberté dans une civilisation hautement technologique et culturellement en voie d’épuisement ?
Bien sûr, fait remarquer Engels, notre liberté est inhérente à notre nature humaine et à notre foi dans un certain type d’existence, voire dans un au-delà pour les croyants. Il ne s’agit pas de cela, mais de la coercition qu’une autorité extérieure peut exercer sur cette liberté et de l’effet de la propagande idéologique sur le libre exercice de cette liberté par les citoyens, lesquels peuvent être amenés à croire que leur essence se limite à leur enveloppe corporelle et à leur quotidien et que tout ce qui n’accroît pas leur bien-être ou ne prolonge pas leur existence est futile et inutile.
Cela va plus loin : sur la base de spéculations neuropsychologiques, la perception que nous avons de nous-mêmes comme d’un être unique et cohérent ne serait qu’une illusion. Le moi cartésien ne constituerait en définitive qu’un ensemble d’algorithmes biologiques dont le récit causal ne pourrait être recomposé qu’a posteriori. Engels y aperçoit une velléité de démanteler les derniers vestiges de la pensée humaniste et d’ouvrir la voie à un Etat coercitif, de type transhumaniste d’abord, dataïste (c.-à-d. qui considère le monde comme un flux de données) par la suite, auquel l’individu aura été instruit dès son plus jeune âge à se conformer. (Relire Le Meilleur des mondes.)
Engels plaide clairement pour un retour à une transcendance assumée de la liberté et une continuité de l’histoire. La notion de liberté (individuelle et politique) qui a permis l’essor de notre civilisation n’est pas universelle, loin s’en faut, elle s’inscrit dans un contexte historique, la phase haute de notre civilisation, laquelle est dans une phase d’essoufflement moral et de déclin, voit cette notion de liberté s’éroder et faire place à un besoin d’ordre, d’autorité et d’homogénéisation (d’où la réglementite aigüe).
Quant à la liberté politique, il est aisé de constater avec Engels qu’une grande partie des principes démocratiques et libéraux sont aujourd’hui instrumentalisés et effrontément bafoués. Dans nombre de pays occidentaux, les institutions importantes n’ont plus qu’une existence formelle, tandis que le pouvoir réel est détenu par un enchevêtrement de groupes de pression et de systèmes clientélistes. Il ne reste qu’une façade de démocratie, dit Engels, invoquée pour prétendre que tout va pour le mieux dans le meilleur des monde et disqualifier tout qui prétend le contraire.
Il ne fait aucun doute que notre système politique doit être profondément réformé, conclut Engels, la question subsidiaire - la seule, en définitive - étant de savoir s’il peut encore l’être ou si ceux qui sont installés au pouvoir, à quelque niveau que ce soit, ne peuvent plus en être délogés.
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Malheureusement, nous vivons en totalitarisme et l'être humain "moyen" non seulement accepte mais participe à ce système. Et nous sommes gouvernés par des "responsables" surtout concernés par leur portefeuille, la durée de leur mandat.... et je suggère à toutes les personnes cultivées de regarder le travail de John Calhoun (5 tout petits films) qui montre à quel point nous sommes des "souris"....