En 2019, lors de la promotion de son autobiographie Face It, Debbie Harry, la chanteuse du groupe new-yorkais Blondie qui a connu ses heures de gloire dans les années 70, avait concédé, en réponse aux insinuations, qu’elle aurait gagné beaucoup plus d’argent si elle avait été une prostituée plutôt qu’une chanteuse et que, si tout était à recommencer, elle se montrerait plus provocante sur scène qu’elle ne l’avait été. Agée de 80 ans (née le 1er juillet 1945), elle a peut-être changé d’avis, d’autant qu’elle aurait pu gagner encore beaucoup plus d’argent qu’en travaillant dans l’industrie du sexe, en étant télévangéliste.
Ceux qui, dans les années 80, en plus de Disneyland, ont visité la cathédrale de cristal dans le comté d’Orange en Californie du Sud savent ce dont il est question. Si le métier de berger spirituel n’a pas droit au label de plus ancien métier du monde, il ne manque pas de répandre ses charmes. Voyez Paula White. La conseillère spirituelle de Donald Trump dispose d’un bureau à la Maison-Blanche et, écrit Johan Sanctorum dans sa chronique du 15 mars 2026 sur le média flamand Doorbraak, elle jouit d’un statut officieux proche de celui de ministre des Affaires religieuses.
Dans un post du 7 mars 2026 sur Facebook, elle écrit, manifestement empreinte de la calligraphie ponctuée de majuscules du maître de maison : « Another GREAT day @whitehouse Faith Office doing a powerful briefing for people of faith!! BUT FIRST…. We worshipped . .. Thank you @potus @realdonaldtrump for giving people of faith a seat at the table of government and bringing prayer at worship back to the White House! » (Encore une superbe journée au Bureau de la foi de la Maison-Blanche, où nous avons animé une réunion d’information très inspirante pour les croyants !! Mais avant tout… Nous avons prié. Merci, Monsieur le Président, d’avoir donné aux croyants une place à la table du gouvernement et d’avoir réintroduit la prière à la Maison-Blanche !)
Vade retro satana
White est la souffleuse présidentielle numéro un, insiste Sanctorum. Elle organise des veillées de prière dans le Bureau ovale afin d’implorer le soutien divin pour le président, lequel, rapporte-t-il, a récemment déclaré : « Nous allons redéfinir l’Amérique comme une nation sous Dieu. » Les Etats-Unis évoluent-ils vers une théocratie ? En tout cas, le président est devenu une figure messianique dans la lutte contre Satan.
Les Eglises évangéliques, explique Sanctorum, sont des communautés chrétiennes qui se situent en dehors des institutions protestantes et catholiques et constituent le coeur de l’électorat de Trump. Elles étudient la Bible et prônent une vision conservatrice du monde conforme aux valeurs bibliques et un Etat qui les incarne. S’il en est qui sont piétistes, il en est aussi qui procèdent à un mélange de religion, d’idéologie et de recherche du profit, une approche théologique typiquement américaine dans laquelle la pauvreté n’est pas une vertu. Paula White, dit-il, s’inscrit dans cette veine.
Le fait que Pete Hegseth, le ministre de la Défense, pardon, de la Guerre, se soit apparemment fait tatouer une croix sur le torse et sa rhétorique ne laissent, selon Sanctorum, planer aucune équivoque sur la nature divine de la guerre contre l’Iran. C’est là une conception archaïque, constate-t-il, dont on a pu croire qu’elle n’avait plus cours dans le monde occidental. « Y a-t-il un plan ? » s’interroge-t-on, perplexe, de partout. Bien sûr, ironise-t-il, « un plan divin, cela ne nécessite aucune explication supplémentaire ».
Pas de pétrole mais des idées
On peut toutefois aussi s’interroger sur la perception que les prédicateurs évangéliques de la morale ont du gouffre de dépravation qui se révèle dans les « dossiers Epstein », en totale contradiction avec le canon moral du puritanisme chrétien. Mais, tout le monde sait que tout est une question de pétrole. Et, les évangéliques, précise Sanctorum, le considèrent comme un don de Dieu, tout comme les Arabes, d’ailleurs, et toute tentative de transition énergétique comme une hérésie satanique. Tout viendrait-il de là ? Lui resterait à nous expliquer comment se débarrasser sur un claquement de doigts des énergies fossiles qui comptent pour 80 % de la production mondiale d’énergie primaire.
Le Parti communiste chinois aurait tout bon. Les axes majeurs de son nouveau plan quinquennal, si on l’en croit, sont l’innovation numérique et la transition vers une économie sans carbone. Pas de plan divin, observe Sanctorum, juste « un plan bien pensé et simple à mettre en oeuvre ». Tout qui a visité ses fournisseurs dans la province de Guangdong en Chine du Sud-Est sait qu’il y a encore du chemin à parcourir. Les Chinois sont-ils plus intelligents et plus rationnels que nous ? Sans être soi-même un marchand de fioul, on peut quand même se demander comment l’Europe qui a fait de la décarbonation sa religion et est couverte de panneaux solaires et d’éoliennes en est là où elle en est.
En attendant que Dieu décide qui remportera la guerre au Moyen-Orient - plus elle s’éternise, plus il faut craindre que le Tout-Puissant n’en sait rien lui-même -, nous sommes dans la m... Holy shit !
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