On ne cesse de gloser sur la clairvoyance de Donald Trump, puisqu’aussi bien il semble qu’il soit partie prenante à toutes les décisions de son administration. Les marchés financiers, aux Etats-Unis en premier, n’échappent pas à une certaine confusion que Gillian Tett, une éditorialiste du Financial Times, a résumée dans un article récent en trois hypothèses : d’abord, celle du président TACO (de l’acronyme anglais pour Trump Always Chickens Out : il multiplie les annonces plus tonitruantes et menaçantes les unes que les autres, mais il ne va jamais au fond des choses) ; ensuite, celle du président génie au carré (Trump et ceux qui l’entourent ont un plan stratégique tenant la route et ils réussiront peut-être à restituer leur grandeur aux Etats-Unis – MAGA) ; enfin, celle d’un président totalement imprévisible empêchant toute prévision crédible tant il manque de précédents historiques et tant les effets à long terme de ses imprécations dans un monde complexe qu’il tarabuste à l’envi pourraient s’avérer pernicieux.
Dans un commentaire en réaction à l’article, un lecteur du FT a proposé une quatrième hypothèse, s’inspirant de la célèbre tirade de Macbeth (acte V, scène 5) : « It is a tale told by an idiot, full of sound and fury, signifying nothing. ». Tout cela est un conte raconté par un idiot, bruyant et furieux, vide de sens. L’allusion illustre l’hypothèse suivant laquelle réagir impulsivement à tout ce bruit et à toutes ces gesticulations biaisées et dramatisées dans la presse, sans réfléchir ni anticiper, n’a aucun sens. C’est du théâtre d’ombres, si ce n’est, comme le rappelle le lecteur du FT, que le Macbeth de Shakespeare est une tragédie. La scène évoquée reflète une posture nihiliste. Le vacarme ne signifie rien de solide et ne peut servir qu’à mettre en lumière la fragilité des interprétations qu’il suggère.
Actifs alternatifs
La signature par le Président Trump, le 7 août 2025, d’un décret exécutif intitulé « Democratising Access to Alternative Assets for 401(k) Investors », ouvrant la voie à l’inclusion d’actifs alternatifs — notamment les crypto-monnaies, le private equity et l’immobilier — dans les comptes de retraite 401(k) des Américains peut servir d’exemple à ce qui précède. Les partisans y voient un moyen de diversification et de rendement potentiel pour les détenteurs de ces comptes, tandis que les critiques soulignent les risques liés à la volatilité, aux frais élevés et à la faible liquidité — surtout pour des plans destinés à la retraite. La décision a en tout cas valu un gain de légitimité aux crypto-monnaies et a aussitôt fait réagir leurs marchés à la hausse avant même que la moindre disposition concrète n’ait été prise par les régulateurs. La hausse s’est donc produite sans fondement tangible immédiat.
Cet accès de volatilité devrait inciter à s’interroger sur l’opportunité d’inclure les crypto-monnaies dans un plan de retraite, mais soit ! La décision de Trump de faire des crypto-monnaies une part structurante de l’épargne-retraite américaine s’inscrit dans une stratégie disruptive plus large de son administration en leur faveur, avec la constitution d’une réserve stratégique de bitcoins par exemple, et indique sa volonté d’intégrer durablement les actifs numériques dans le système financier. Quant à savoir s’ils contribueront à sa stabilité, qu’il soit permis de s’interroger. Nous y reviendrons dans un prochain article. Quoi qu’il en soit, l’introduction des crypto-monnaies dans les fonds d’épargne retraite est sans précédent : jamais une classe d’actifs aussi risquée et volatile n’a été incluse dans des produits aussi massifs et conservateurs que les fonds de retraite, et ce, sans compter qu’il faudra encore du temps avant que les choses ne se mettent en place et que les grandes firmes de gestion d’actifs n’adaptent leurs gammes de fonds 401(k).
Cette décision du président américain illustre son côté théâtral, shakespearien (« sound and fury ») : il suscite un frisson médiatique et déclenche un emballement des marchés avant que les structures réglementaires et techniques ne soient en place, sans que l’on ne puisse nier que cela fasse partie d’un ensemble d’initiatives cohérentes, ni toutefois se risquer à des prévisions, car les références manquent pour anticiper les effets à court, moyen et long terme des mesures préconisées. On oscille entre grand spectacle, stratégie disruptive et incertitude radicale.
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